Rendez-vous en terres Est Africaines : la bière, meilleure que l’eau ! (ep. 1/3)

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Premier épisode d’une série de 3 publications « rendez-vous en terres africaines, à la découverte des bières locales ».

L’Afrique de l’Est : Kezako ?

Fermez les yeux… fermez les yeux et pensez « Afrique » : votre esprit sera rapidement transporté dans une terre d’abondance tropicale, dans un univers aussi impitoyable que luxuriant, dans une faune et une flore aussi riche que variée. Un continent vallonné d’innombrables collines, de volcans effervescents, de montagnes majestueuses, de forêt primitive, de sources d’eau surprenantes et de plaines interminables.

C’est au cours d’un voyage impromptu en Afrique de l’Est, que j’ai décidé de partir à la découverte de la bière locale typique du Rwanda et du Burundi. Le Rwanda, il y a encore 20 ans, le pays le plus blessé de l’Afrique, est aujourd’hui un pays en devenir, étonnamment reconstruit. Kigali, la capitale, est terre d’entrepreneurs, surprenante de par son dynamisme, où l’asphalte remplace les pistes. Une capitale chargée d’une promesse à peine murmurée, au monde de la nuit et aux loisirs qui fait boom : restaurants, lounge aux saveurs du monde entier.

Son voisin le Burundi quant à lui, est un pays encore bredouillant, régulièrement sonné par des coups de marteaux politiques et rendant difficile le développement économique du pays et donc l’éclosion d’un secteur économique solide aussi simple que celui de la brasserie.

Deux pays qui embaument les cultures agricoles, céréalières, légumières et fruitières aussi douces que le sucre des bananes et autres espèces exotiques qui poussent et fleurissent dans les endroits les plus insoupçonnés.

C’est dans ce contexte que la culture brassicole s’inscrit, ancrant une longue tradition de « Bière à la banane », dont la notion de « bière » ne se retrouve peut-être que dans l’appellation – vous comprendrez dans pourquoi dans le « Rendez-vous en terres Est Africaines n°2 »-.

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Il faut tout de même rappeler que l’agriculture en Afrique, et notamment au Rwanda et Burundi, représente plus de 70% des emplois et constitue le plus gros secteur économique (au contraire de nos pays développés où le secteur manufacturier et des services sont devenus prédominants). S’agissant essentiellement d’une agriculture de subsistance (les récoltes servant à nourrir sa propre famille et ou peut être commercialisée mais à très petite échelle), en général ce sont les femmes qui travaillent au champs en plus de s’occuper de la maison.

Dans les produits cultivés localement au Rwanda et Burundi, on retrouvera principalement : manioc, patate douce, haricot, pois, maïs, banane, sorgho, arachide.

Du peu que j’ai pu apercevoir de la cuisine Rwandaise notamment, la plupart des mets nationaux sont confectionnés sur cette base : ugali (pate à partir de farine de maïs), cassava (à partir de manioc), mantake (à partir de banane plantain), gisafuliya (plat chèvre/poulet en sauce avec bananes), zingalo (tripes en brochettes ou dans des potages), Umutsima (plat de manioc et de maïs), isombe (feuilles de manioc avec aubergines et épinards), mizuzu (plantain frit).

La culture de la bière comme substitut à l’eau

Pour accompagner tous ces délices gastronomiques, notablement peu épicés donc propices à compléter d’une boisson de caractère, la bière occupe une place de choix puisqu’elle est la première denrée consommée dans ces 2 pays, constituant à certains égards un problème de santé nationale puisque trop souvent substituée à l’eau quotidienne. En effet, comme partout où la culture brassicole a émergé, la bière est perçue comme une alternative saine pour l’eau potable, dont la qualité est souvent suspecte (on tombera alors plus facilement malade avec de l’eau que de la bière !).

Au Burundi, mon amie à qui je rendais visite, me racontait être passée à 20min à pied sur les chemins de terre de Muramvya, par un village surnommé par la population « the drunk village ». Pourquoi ? Parce que boire de l’eau est tellement devenu une pratique marginale, qu’à toute heure du jour et de la nuit, les femmes, enfants, hommes ou encore vieillards de la bourgade sont enivrés à la bière de banane.

Véritable boisson nationale et populaire, la bière industrielle s’impose de plus en plus dans la société délaissant les boissons traditionnelles fermentées, en raison de l’occidentalisation et du nouveau rythme de vie des élites. On retrouvera parmi les acteurs industriels en présence à Kigali, les bières de la brasserie BRALIRWA du groupe Heineken (mutzig, primus, Amstell, Guiness, Heineken), qui vaut la peine d’être mentionné ici puisque cette brasserie de 600 employés constitue le plus gros employeur privé du pays, c’est dire ! Cette brasserie de Kigali, alimentée par la rivière Sebeya, se fait le chantre de la production des 2 pays avec ses installations impressionnantes, faisant vivre 35 000 producteurs de sorgho. Depuis 2010, le belge Skol du groupe Unibra est venu s’imposer face à Heineken au Rwanda en reprenant sa brasserie des Milles Collines à Kigali.

Dans les bars de Kigali, vous trouverez peu de bières en pression, et plutôt en bouteille, en raison une nouvelle fois de méfiance dans l’hygiène. Enfin, vous ne vous étonnerez pas que lors de votre commande de bière, le serveur vous demande si vous la souhaitez « chaude ou froide », ce à quoi vous ne manquerez bien sûr pas de répondre que vous la voulez fraîche (à moins que l’un d’entre vous aime particulièrement la bière chaude ?!). Un mystère qui persiste tout de même sur ce penchant culturel rwandais pour la bière pas fraîche…

Évoquer ces acteurs industriels majeur est important puisque les chiffres de consommation sont tout du moins originaux à cet égard : par exemple, le Rwanda est classé 4e en 2015 en Afrique en termes de consommation d’alcool pur avec 9,10L par an et par personne. Si la bière industrielle représente seulement 8% de cette consommation, le reste des 92% est constitué largement par des boissons fermentées faites maisons telles que la bière à la banane (urwagwa), la boisson au miel fermentée (ubuki), la boisson à base de sorghum séché (ikigage).

Retrouvez la suite de mes aventures dans les 2 prochains articles à venir dans les prochaines semaines :

« Rendez-vous en terres Est Africaines n°2 : la tradition sociale tribale de l’Urwagwa, la bière à la banane du Rwanda-Burundi »

« Rendez-vous en terres Est Africaines n°3 : un brasserie pour l’insertion des femmes au Rwanda »

Cet article est le premier d’une série documentaire de trois articles :

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