Le Beer Geek est-il une vache à lait ?

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Petit article d’humeur pour réagir après mon passage sur un festival londonien organisé aux alentours de Février chaque année. Après un passage furtif, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir été considéré comme une vache à lait…

Après avoir entendu beaucoup de bien de Craft Beer Rising, j’ai décidé d’acheter mes tickets pour aller y jeter un œil. Mes amis, quelle supercherie que ce festival.

La première arnaque commence avec son nom, Craft Beer Rising. Un nom fédérateur sur une tendance actuelle très populaire en Angleterre et une promesse loin d’être tenue. Si, heureusement, le festival fût ouvert aux « craft breweries », il hébergeait également sous le toit de l’ancienne Old Truman’s Brewery des gros brasseurs.  Camden Town, récemment rachetée par le plus grand groupe brassicole mondial disposait ainsi d’un stand gigantesque. Ça aide un gros portefeuille ! Parmi les brasseurs non « craft », nous pouvons notamment cité : Goose Island (InBev), Grimbergen (Heineken), Meantime (InBev), Lagunitas (Heineken), Green King, Vedett (Duvel Moortgat), Blue Point (InBev), Sharp’s Brewery (Molson Coors) entre autres. Bref, nous sommes loin de l’idée d’un festival de bières indépendantes. Une nouvelle fois, les grands brasseurs utilisent la bonne image du craft beer pour en tirer profit et amadouer les amateurs de bières.

Mais ce n’est pas tout, en plus de tirer profit des brasseurs fortunées, le stand pour le weekend coûte £1000 pour les plus petits brasseurs, ils étaient plus de 50 présents sur le festival. Soit, le prix me semble plutôt raisonnable au vue de la prestation publicitaire.

Le plus choquant dans tout cela, c’est le prix du ticket, £20 pour une session de 5 heures. Cette somme vous ouvre les portes du festival et vous permet d’acquérir un verre estampillé Craft Beer Rising. Bien entendu, le marketing est parfait, que ce soit en ligne, pour la promotion de l’événement ou même sur place. Sublime logo, musique, effet lumineux, la totale. Ah j’oubliais, avec ces £20, vous avez également le droit à un magnifique livret sur l’événement, un bouquin publicitaire ! Après tout cela, vous devez sans doute vous demandez combien de verre de bières sont inclus dans le ticket. Tout simplement aucun, il faut encore payer vos bières à l’intérieur.

Et aux delà des paillettes et des feux d’artifices, rien pour rincer son verre entre les dégustations, pas de système de jeton ni de distributeur de monnaie… Alors si certain brasseurs jouaient le jeu de l’événement et ne chargeaient que £1.50 pour 18cl de bière, j’ai également vu certaines aberrations comme la nouvelle DIPA de Brew by Numbers vendues pour £3 les 18cl (un 1/3 de pinte anglaise). Sans mentir, une bière vendue par la brasserie elle-même pour £9 la pinte. J’adore ce qu’ils font, j’adore le concept, les bières, le travail éducatif qu’ils réalisent, mais là c’est quand même vraiment abusif. Vous auriez également du voir le chahut créé par l’ouverture de la Bourbon County de Goose Island. Une bière exceptionnelle, certes, servie dans un fond de gobelet pour £2.

Heureusement, j’étais plutôt là bas en repérage car je crois que sinon mon portefeuille en aurait clairement souffert. Mais lorsque je vois ce genre de mascarade, cela tendance à m’énerver. Cette expérience m’emmène alors à me poser cette question. Est-on en train de vivre une nouvelle époque dans la perception de la bière artisanale ? Les amateurs de bonnes bières sont-ils perçus comme des consommateurs « vache à lait » ? Tant que l’on les abreuve de bonnes bières, ils sont prêt à payer n’importe quoi à n’importe quel prix. Un autre exemple qui me choque bien que je n’y sois jamais allé, c’est le CBC. Quel est le prix pour le fameux Copenhagen Beer Celebration ? 80€ pour une session de 5h de bières à volonté il me semble ? N’abuse-t-on pas là également ? Cet embourgeoisement de la bière est profondément horripilant et j’espère vraiment que le marché français ne se dirigera pas dans cette direction pour que la bière artisanale conserve son authenticité. Après tout, boit-on de la bière ou boit-on de l’or ? La bière est vraiment devenue une nouvelle lubie

Image à la une: creaPicTures


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A propos de Thomas

Dès sa plus tendre enfance, Thomas a été un enfant choyé par ses proches et amis. Il est important de savoir que "Bartom", son pseudo, vient de sa fréquentation assidue des bars. Voir la description complète de Thomas→

9 commentaires to “Le Beer Geek est-il une vache à lait ?”

  1. Laurent Mousson a dit :
    mars 8, 2016 at 10:30

    Attention, CBC, c’est « Copehnagen Beer Celebvration ». Le Copenhagen Beer Festival, c’est l’autre festival, là-bas (http://www.ale.dk/index.php?id=715), qui est nettement plus abordable (entrée à 17 Euros, jetons à 1,70 Euro pièce…)

  2. Alexis a dit :
    mars 8, 2016 at 11:19

    J’avais fait Tendance Bières en 2014, en entrant dans le salon, c’était Heineken partout et peut être 10 (pas plus) brasseurs indépendants. Tristesse.
    Le Paris Craf Beer Show en 2015 m’avait aussi grandement déçu (même si j’avais découvert Glutenberg et bien sympathisé avec De Sutter) par rapport à ce qui était annoncé. Oui il y avait beaucoup de bière, mais très peu de brasseur pour les présenter, souvent des commerciaux de Planète Soif. Pour avoir des infos sur le produit, c’est pas top. Et il y avait personne niveau visiteur.

  3. SimonR a dit :
    mars 9, 2016 at 2:49

    Faut pas se leurrer, hein… Penser que dans le monde de la bière artisanale tout le monde est beau et tout le monde est gentil, c’est vivre au pays des bisounours.
    C’est un marché comme un autre, et s’il y a du pognon à faire, certains le feront, sans beaucoup de scrupules.
    Il revient aussi au consommateur de montrer par son absence, et ses billets d’humeur, qu’il ne se laissera pas arnaquer sans vergogne. A chacun de savoir où il place sa limite, gardons notre esprit critique et ne tombons pas dans le fanatisme irrationnel. Ca reste de la bière !

  4. Walter Pépéka a dit :
    mars 9, 2016 at 7:57

    Je vais dans le même sens que SimonR et Thomas, en ajoutant que « l’arnaque » vient aussi de brasseries qui, sous le couvert d’une appellation artisanale, se permettent de vendre des produits infâmes (et je pèse mes mots, la dégustation fait partie de mon métier).
    L’emballage est très souvent superbe, graphisme, flyers sont très beaux… mais le contenu est fade, plat, sans volume, sans relief, avec des défauts de production ou d’hygiène (rayez la mention inutile).
    Le consommateur lambda achète souvent l’étiquette et, faute de comparatif de qualité, se dit que « la bière artisanale, ça a ce goût là ».

    Espérons qu’avec les années qui vont passer, l’éducation des consommateurs va écrémer les brasseries surfaites et mettre en avant les bons producteurs.

    Santé à vous!

  5. LEFEBVRE a dit :
    mars 14, 2016 at 11:27

    Il est évident que la progression des brasseries artisanales va conduire à plusieurs choses :
    1 – la disparision à moyen terme de celles qui font de la mauvaise bière (il y en a ! ) ;
    2 – la vente en grandes surfaces des bières de certaines brasseries artisanales ;
    3 – la récupération par les brasseries industrielles d’une part de ce marché (dans les salons, par la pub, …) ;
    4 – la mutiplication des associations et des salons « bières artisanales » plus ou moins utiles ;

    Maintenant il faut penser que le nombre de buveurs ne progresse pas aussi vite que le nombre de brasseries.

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