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Bientôt une Leffe IPA ! Bonne idée ou erreur fatale ?

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Décidément, le groupe Ab InBev suit de très près ce qu’il se passe du côté de la révolution brassicole. Si d’un côté, il clame ne pas s’en soucier, leur seul volonté serait de produire une Budweiser authentique et traditionnelle, d’un autre côté les rapprochements avec le monde brassicole artisanale se font de plus en plus fréquent. En témoigne, cette dernière nouvelle en date, le géant brassicole devrait lancer prochainement une Leffe IPA. Alors, bonne idée ou ineptie ?

Le 13 Mars 2015, nous apprenions dans le magazine belge La Libre que Leffe se pencherait sur la production d’une Leffe India Pale Ale. L’IPA est une bière fortement houblonnée de tradition anglaise qui se distingue par son caractère amère, herbeux voire résineux. Ce genre de bière connait un succès phénoménal à travers la planète depuis que les Américains l’ont remis au goût du jour.

Toutes les bières que vous connaissez sont un équilibre entre le sucré et l’amertume. Certaines penchent plutôt vers l’amertume, c’est le cas de ces IPAs, d’autres penchent plutôt vers le sucré, c’est souvent le cas des bières belges de tradition d’abbaye comme la Leffe. Un corps puissant et gourmand pour une bière qui se déguste plutôt qu’elle ne se boit d’un trait. Est-ce une bonne idée pour la marque Leffe connue pour ses bières chaleureuses de faire entrer dans sa gamme un produit qui peut être déroutant pour ses plus fidèles consommateurs ? Face à cette nouvelle, de nombreuses amoureux de la bière pensent qu’il s’agit d’un sentier glissant pour la bière d’abbaye. A commencer par Philippe Wouters, notre confrère de Bières et Plaisirs qui n’hésitent pas à parler de « grave erreur ». Mis en cause selon lui, l’incohérence et l’irrespect du patrimoine des bières d’abbaye belge. Pourtant les grands brasseurs belges n’en sont pas à leur coup d’essai et le succès des Duvel Tripel Hop prouve que les traditions peuvent être bouleversées bien qu’il ne s’agisse pas d’une bière d’inspiration monastique.

Si je comprend que ce nouveau rapprochement du géant brassicole vers le monde de la « vraie bière » puisse être perçu comme une menace par de nombreux partisans de la révolution, j’ai plutôt tendance à croire qu’il s’agit en fin de compte d’une véritable victoire. N’en déplaise aux puristes, si les bières belges sont aujourd’hui si connues, et qu’un des plus grand groupe industriel du monde vient du pays plat, c’est sans aucun doute grâce à l’audace que les belges ont toujours montré pour faire de la bière. Tandis que le voisin allemand s’est toujours éperdu à brasser des bières selon la fameuse loi de pureté, c’est bien la folie des brasseurs belges qui n’ont jamais crains d’ajouter de la coriandre, de l’orange ou toutes autres victuailles qui a fait le succès brassicole de ce pays. Pourtant, à l’inverse de l’Allemagne, le passé brassicole belge est bien plus récent qu’on ne le pense. Des idées reçues justement qui sont la preuve que cette audace a payé par la passé et qu’elle ne peut que continuer à payer dans le futur étant donné l’attrait grandissant des consommateurs pour les bières innovantes.

Peut-on se plaindre de voir un géant suivre les tendances de marché avec une flexibilité étonnante quand on voit la lenteur des bureaucraties modernes ? Je pense qu’au contraire, nous aimons tant nos bières artisanales parce qu’elles sont inventives et culottées alors pourquoi blâmer un géant qui suivrait la tendance. Le fait que le géant brassicole suive cette tendance issue du monde brassicole artisanale doit-il être perçu comme une menace ? Là encore, je pense qu’il s’agit plutôt d’une opportunité incroyable. Le simple fait qu’un géant à la puissance marketing évidente utilise les trois lettres « IPA » est une merveilleuse nouvelle afin d’éduquer le monde au saveurs houblonnées. Nous savons que l’amertume est complexe et nécessite une période d’éducation du palais pour pouvoir être appréciée pleinement. Je trouve cela merveilleux qu’Ab InBev travaille pour que ceux qui n’ont pas encore franchi le cap de l’amertume puissent petit à petit s’en délecter avec gourmandise. Pour moi, ce rapprochement des géants ne fait que réduire le fossé immense qui existe encore être le consommateur lambda et les bières artisanales. Mettre en lumière le houblon qui est l’ingrédient pionnier du phénomène social que nous vivons aujourd’hui c’est faire un éclairage prodigieux sur cette guerre du goût. Alors finalement, peut-être que la marque Leffe fait bel et bien une erreur en promulguant un monde qui devrait lui ronger des parts de marché petit à petit, d’années en années, mais quoi qu’il en soit, l’erreur ne vient pas de la prise de risque que je trouve honorable. L’erreur viendrait plutôt d’un mise en lumière d’un nouveau monde qui pourrait finalement être quelque peu maladroite…

leffe-ipa

Et vous, quelle est votre point de vue sur cette nouvelle ? Ab InBev essaye-t-il de tuer dans l’œuf le mouvement émergent ou c’est au contraire un beau zoom sur cette tendance ? Etes-vous impatient d’essayer ce nouveau produit pour voir ce que cela va donner ? Pensez-vous que cela puisse être réussi ? Réagissez en répondant au sondage ci-dessous ou dans les commentaires.

Image à la une: Wikipedia

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A propos de Thomas

Dès sa plus tendre enfance, Thomas a été un enfant choyé par ses proches et amis. Il est important de savoir que "Bartom", son pseudo, vient de sa fréquentation assidue des bars. Voir la description complète de Thomas→

10 commentaires to “Bientôt une Leffe IPA ! Bonne idée ou erreur fatale ?”

  1. Laurent Mousson a dit :
    mars 16, 2015 at 11:11

    Leffe qui lance une IPA, c’est juste de la récup’… les marketeux d’AB InBev ont identifié un créneau de marché “qui marche”, et veulent l’exploiter. Avec la force de frappe qui est la leur, tant du point de vue marketing que du point de vue de l’intégration verticale du marché par les contrats-brasseurs.
    Le problème est que d’ici deux ou trois ans, maximum, ils seront passés à autre chose, aprtès avoir bien saturé le marché avec leur machin… et s’être rendus compte que finalement, ça se vend pas si bien que ça… parce que leur machin est pas crédible.
    (S’ils voulaient occuper le créneau durablement, ils en seraient effectivement à lancer la Goose Island IPA, qui leur appartient, en construisant la notoriété de la marque).
    AB InBev voient ça comme une mode (ce que c’est en partie) sans saisir qu’il y a une vague de fond qui se cache derrière, donc ça ne contribue pas positivement à un changement durable. Juste à faire des “coups” pour renforcer la marque Leffe Royale, pas à implanter vraiment les IPA…
    … et si ça se trouve, ça sera aussi proche de ce à quoi ça se réfère que la Kro “Tradition Anglaise” était, en son temps, proche d’une bitter britannique. A savoir pas du tout. :o)

  2. Ssssssss a dit :
    mars 16, 2015 at 12:59

    EUH ?

    Un nouveau processus, le dry hopping ?

    Oh, tout est dit quoi…

  3. Ils ont raison. De leur point de vue, pourquoi se priver d’une nouvelle bière à distribuer partout, pour tout le monde ? J’aurais fait quasiment la même chose à leur place.
    Et ça peut peut être initier le consommateur lamba à d’autres saveurs que les bières traditionnelles de supermarché (même si il y a de plus en plus de bonne bière en GMS).

    Par curiosité, j’y goûterais.

  4. Faux débat… on s’en tape de AB Inbev ! La Leffe n’a plus rien à voir avec la bière d’Abbaye depuis très longtemps ! C’est du marketing ! Même chose pour Affligem qu’on voit partout maintenant en France ! C’est pas parce qu’une étiquette de bière porte une image d’Abbaye qu’elle est authentique et est encore liée à cette Abbaye ! Ce lien n’est que financier ! Rien d’autre ! Croyez-moi, la Leffe d’aujourd’hui n’a plus rien en commun avec le produit d’il y a 20 ou 30 ans, c’est devenu imbuvable et pourtant, j’en ai bu des litres et des litres !

  5. (suite) et je ne parle même pas des nombreuses variantes : ruby, royale,… Franchement parler de Leffe, c’est leur donner encore un peu plus de visibilité et franchement, je pense qu’avec les millions qu’ils dépensent en marketing, pas la peine d’en rajouter une couche ! Vous voulez boire une bonne bière d’abbaye qui ressemble à qqchose : St Feuillien Triple, de Ranke Guldenberg, Westmalle triple… et j’en passe… mais franchement, se demander si AB Inbev fait une erreur en se lançant sur une IPA, c’est clair que non vu qu’il la vendront grâce à leur frappe marketing !

  6. Ayant lu un autre article sur ce sujet de Philippe Wouters de http://www.bieresetplaisirs.com, je serai plutôt d’accord avec lui. Même si, comme le dit Greg, Leffe est loin d’être une bière d’abbaye (même s’il ne faut pas exagérer sur le fait que c’est imbuvable : la leffe 9° passe très bien en soirée), je pense aussi que Leffe se rattache, dans sa symbolique, à une tradition monastique belge de brassage de la bière. Voir ce méga groupe industriel faire de l’IPA ne m’étonne pas du tout. Mais du coup, je m’inquiète d’avantage de la vague IPA et de ces méfaits. Je suis loin d’être rétrograde car ce style de bière est fantastique mais je trouve que les bières belges peuvent garder leur audace sans tomber dans cette mode qui risque fort d’opérer une standardisation. La bière belge a une identité forte et je crains à l’écoute des différents barmans et cavistes que la bière belge soit frappée de léger mépris et presque taxée de démodée devant la déferlante IPA. Du coup je m’en cogne de Leffe, ce qui m’attriste un peu c’est la pression que vont mettre les brasseries belges passées à l’IPA sur les autres. Plus les styles seront variés plus il y aura de raison de boire de la bière !

  7. J’ai gouté la Leffe Cascade IPA, et je dois dire que c’est quasiment imbuvable! Enorme fan des IPAs, notamment le style américain de la région de Portland, OR, j’étais ravi d’apprendre qu’un IPA allait voir le jour, mais en y goutant ma déception est totale. Elle n’a rien d’un véritable IPA. Niveau houblon, alors que normalement on devrait être sur des notes plutôt florales et amères, typiques des IPAs, ici on retrouve juste une version (beaucoup) plus chère que la Leffe classique. Le goût est à la fois légère et désagréable. Je n’ai même pas pu terminer mon verre; encore moins toute la bouteille de 75 cl. Je n’en reprendrai pas.

    • /* Modération: merci de rester cordial pour développer votre point de vue */
      Je me tape royalement que Leffe soit un “grand groupe”, j’ai grandi quant à moi dans une culture du vin et la Leffe IPA apporte une subtilité et une floralité en bouche lui permettant d’accompagner dignement un “fuet” aux épices, ce qui n’est pas donné à toutes les bières distribuées dans nos contrées viticoles.
      Donc en dehors de toutes considérations “marketing” ou comparaisons avec ce qui se faisait “avant”, il s’agit d’un produit véritablement original et gustativement assez élaboré si l’on sait goûter en abandonnant tout à priori.

  8. info@bruxellescafe.ch a dit :
    décembre 26, 2015 at 9:48

    why not

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