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Le mensonge derrière la bière la plus forte au monde

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Je me permets de reprendre un article de “BeerCast” qui m’interpelle et qui interpelle le monde de la bière artisanale actuellement…

Cet article dénonce la stratégie (ignoble) de la brasserie Brewmeister afin de se faire connaitre aux yeux de tous. En l’occurrence, mentir sur le degré d’alcool de leur bière principale afin d’être classé au premier rang des bières les plus fortes au monde. Happy Beer Time s’était déjà penché sur cette brasserie et sa supposée bière la plus forte au monde, avec de nombreuses interrogations à ce sujet.

Tout commença lorsque Lewis Shand, maître-brasseur de cette brasserie écossaise, annonça au rédacteur en chef de BeerCast que l’Armageddon n’atteignait pas les 65% annoncés. Et malgré la négation des faits du maître-brasseur écossais, différents tests confirmaient que l’Armageddon n’atteignait qu’environ 16 degrés d’alcool. Des tests ont été effectués par Brewmeister et les résultats confirmant cela ont été postés sur leur “blog corporate”.

snake-venom-degré-alcool

15,25 degrés d’alcool pour être plus précis. Ce résultat est moindre que divers tests commissionnés par différents professionnels du monde de la bière dans des laboratoires reconnus en Europe, tel que le laboratoire HMRC à l’université de Warwick.

Les résultats des différents laboratoires étaient sans équivoques: L’Armageddon ne dépassait pas 25 degrés (15,9 et 22,86 degrés). Cette “bière” n’est donc pas la 2nde bière la plus forte du monde après la Snake Venom, de la même brasserie.
La publicité autour de cette bière et de cette brasserie à la fin de l’année 2012 n’a été basée donc que sur du mensonge. Lewis Shand, toujours lui, affirma dans son blog que seul les 4 premiers brassins avaient été analysés alors que la réglementation HMRC de la bière fait état à la section 12 paragraphe 5 que le degré d’alcool doit être constamment surveillé et enregistré et l’article 12.2 précise que le résultat des analyses effectuées par un laboratoire indépendant doit être tenu dans les registres commerciaux.

Brewmeister annonce quand même que les 4 premiers brassins étaient entre 64 et 66% d’alcool, même si les tests ont été effectué par la brasserie et non un laboratoire indépendant. Puis Lewis avoue que si l’Eisbock ne fonctionne pas, de l’alcool pur est ajouté afin d’obtenir le degré d’alcool souhaité pour la Snake Venom.

brewmeister-snake-venom

La Snake Venom, bière la plus forte au monde, peut donc être retirée de la classification “bière” car dès que de l’alcool pur entre en contact avec la bière, ce n’est plus de la bière. CQFD.

Cette erreur technique montre le professionnalisme de la brasserie, ajouter de l’éthanol pour atteindre un degré d’alcool et pouvoir communiquer sur un fait qui attire l’œil du consommateur. C’est l’état d’esprit “Craft” ça…

BeerCast aurait pu s’arrêter là. Mais ils ont fait tester la Snake Venom et la bouteille contenait de la “bière-alcool” à 41,16 degrés. Elle n’atteint donc que 2/3 de sa prétendue teneur en alcool. De plus, les deux laboratoires ayant testé cette pseudo-bière ont été surpris par le bas niveau de sucres résiduels pour une boisson avec un si fort taux d’alcool, ce qui démontre qu’une autre technique que l’Eisbock a été utilisé pour la Snake Venom. La sensation de brûlure ressentie dans la bouche, par les consommateurs, était donc réelle si de l’alcool pur est ajouté au breuvage.

La révolution “craft” est de plus en plus présente en Europe, les opportunistes vont donc de plus en plus se multiplier pour avoir leur part du gâteau…

Pour une fois, je n’ai même pas envie de dire Cheers…

Le mensonge derrière la bière la plus forte au monde
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A propos de Pierrick

Tandis que ces origines sont polonaises, Pierrick a été bercé dans le noyau français de la bière, le Nord. Voir la description complète de Pierrick→

15 commentaires to “Le mensonge derrière la bière la plus forte au monde”

  1. MissBeer a dit :
    juin 2, 2014 at 3:36

    Peux-tu préciser ce qui se cache le terme “alcool pur” ? Qu’en serait-il alors, d’une bière dite “aromatisée” avec un alcool type wiskhey, ou cognac, à hauteur de 3% ?

    • Pierrick a dit :
      juin 2, 2014 at 3:53

      De l’alcool pur, c’est de l’alcool à 90 non modifié par exemple. Ou à 96, c’est mieux.

      La bière aromatisée à… Ne concerne que les bières aromatisées avec des arômes. Rien d’autre, selon les spécifications techniques relatives aux bières.

    • Une bière avec 3% de whisky peut-elle être appelée “bière” ?

      • Pierrick a dit :
        juin 3, 2014 at 1:28

        Normalement non. Tout contact d’alcool pur avec de la bière change la dénomination de cette dernière…

  2. MissBeer a dit :
    juin 2, 2014 at 3:55

    Donc une bière qui se dit “aromatisée” au….. avec un ajout de 3% d’alcool à 50° serait hors-la-loi ?

    • Pierrick a dit :
      juin 2, 2014 at 4:03

      Je suis en train de chercher le texte de loi sur ça mais je ne vois pas grand chose à part les “premix”… Ça doit être un gouffre législatif mais une bière aromatisée à l’alcool ne peut plus être considérée comme une bière si nous nous en tenons au texte de loi…

    • piga a dit :
      juin 3, 2014 at 2:40

      La question se pose…

      En France, une bière est une “boisson obtenue par fermentation alcoolique d’un moût préparé à partir du malt de céréales, de matières premières issues de céréales, de sucres alimentaires et de houblon, de substances conférant de l’amertume provenant du houblon, d’eau potable. Le malt de céréales représente au moins 50 p. 100 du poids des matières amylacées ou sucrées mises en œuvre. L’extrait sec représente au moins 2 p. 100 du poids du moût primitif”. Est-ce que l’ajout d’alcool, le cas échéant minime, empêche qu’on puisse considérer que la boisson est obtenue par fermentation alcoolique ?

      Sinon, la France reconnait la possibilité d’étiqueter une bière “bière aromatisée à …” s’il y a des arômes ajoutés. Pourquoi pas une “bière aromatisée à l’alcool”. Ca me semble chelou mais les arômes sont définis comme les produits “non destinés à être consommés en l’état, qui sont ajoutés aux denrées alimentaires pour leur conférer une odeur et/ou un goût ou modifier ceux-ci”, donc si on considère que l’alcool rajoute un goût, pourquoi pas… Mais ça parait bizarre.

      Après, ça reste une bière UK. Et la définition UK de la bière est pas claire claire…

      Je vais voir si je trouve plus d’éléments.

  3. MissBeer a dit :
    juin 3, 2014 at 2:42

    Il y a des exemples de bières au chouchen, ou autre en France. Mais la loi est toujours soumise à interprétation…

  4. MissBeer a dit :
    juin 3, 2014 at 3:48

    La page de la DGCCRF vient répondre à notre question :

    “Attention : la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes admet également cette dénomination pour les bières additionnées d’un spiritueux (ex. : bière au Cognac).”

  5. Barbara a dit :
    mars 10, 2017 at 12:09

    Bonjour, pourrais-tu nous donner des sources sur ce que tu avances?
    En cherchant je n’ai trouvé que ton article sur le sujet.
    Je sais que cet article date un peu mais si je pouvais avoir une réponse ça serait génial.
    Merci

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